Je doute

« Je pense donc je suis », allons, ce n’est pas parce qu’une pensée me traverse que je suis. À la rigueur je existe peut-être, plus certainement que ces objets qui n’ont pas d’existence propre, à part celle qu’on leur donne.

Être, cela me semble tenir de la permanence, de la présence, du souffle léger qui habite toutes choses. Mais nous, dans le flux d’impermanence, ce qui ressemble à quelque entité stable me parait bien ivre ou emporté par le mouvement, à la fois des choses matérielles et des choses de l’esprit.

Ce qui fait que nous n’aurions qu’une vague idée de ce je qui nous forme. Sauf bien sûr dans ces quelques moments révélateurs, ces instants de grâce ou d’effroi, ces chocs où nous réalisons un peu le Sujet de l’homme, le nôtre semblable et différent des autres. Là je existe, c’est à dire qu’il commence à marcher, qu’il est comme sorti des limbes, ou de sa mort. C’est là aussi que nait la révolte, dès lors que le sujet comprend l’imposture du monde, c’est à dire tout ce qui entrave le cheminement, la liberté et l’imprévisibilité du vivant, tout ce qui fait son sel, son attrait et sa saveur.

Rentrer dans le moule des termites, ou de robots tenus à des tâches absurdes et répétitives, ce n’est pas Humain. 

À quoi sert notre existence si nous ignorons notre Je ? Si notre temps n’a pas pour objet de nous le révéler, le restituer, si nous devons retomber dans la masse indifférenciée des objets universels, sans conscience de cet universel ? Là encore nous serions passés à côté de notre humanité et de sa qualité créatrice.

Mais bien évident aussi que ce Je en-jeu dépend de ce que nous faisons des autres, du regard et des mots, de nos amours et de nos dons.

Sans doute même est-ce là que Tout se joue. Mais que rien n’est possible sans initiation. Comment prétendre à une montagne sans guide pour nous indiquer le chemin ? Et comment si notre corps est entravé par toutes sortes de poids ? le corps devenant un boulet, au lieu d’être un truchement, un médium utile. 

Bon, voilà comment marche le monde ? alors que c’est pitié.

Tiens, un autre truc : « Dieu » nous aurait balancé dans ce monde sans nous laisser quelques biscuits sur la route ? En nous disant va donc faire ta guerre, mordre et tuer tes congénères pour assurer sa survie ? Peu charitable alors ce dieu là.

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4 réflexions sur “Je doute

  1. Chaque vision du monde, révèle le niveau de perception que nous en avons. En cette image, se trouve la clef des sens. ( essence )
    Chaque avancée en ce cheminement, nous le fait voir autrement.
    Tout est en cette progression de la Conscience, comme si nous traversions en une vie, plusieurs vies,
    Plusieurs mondes.

    • Effectivement, c’est assez impressionnant de vivre, d’emporter au cours cette traversée quelque chose d’aussi improbable que de la mémoire, de découvrir au fur et à mesure du temps toute la potentialité des mondes, et des êtres qui le peuplent.
      Merci pour votre commentaire.

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