Tout est différent

Plus rien n’est comme avant. La rupture est immense.

Avant, l’espace se parcourait selon les moyens de notre corps, selon la marche, les habitations se construisaient avec les pierres extraites sur place, bien évidemment, l’eau coulait des sources, les fruits se savouraient à leur saison, frugalement par force. Quand il faisait chaud on avait chaud, et froid s’il faisait froid. Existaient encore des ânes pour nous aider à transporter les blés, et des bœufs pour charroyer la chaux et la terre. Nous prenions le temps de construire des terrasses de pierre sèche afin de cultiver nos potagers et vergers si nous voulions survivre. Les villages étaient densément peuplés et chargés d’histoires et de nids d’hirondelles  accrochées aux poutres des granges. On se parlait on se connaissait, et même on se disputait ferme. Certes on souffrait.

Depuis, dans cette bousculade du monde qui roule sur les voies rapides à péages, et qui fait comme une saignée sur la terre, rasant les montagnes, enjambant les gorges profondes, nous sommes comme des atomes liquide d’un flux métallique et bruyant, anonymes et peu aimant, indifférent, étranger partout, avides de spectacles et d’exotismes, de rires sur mesure. Voyeurs étrangers méconnaissant la faune et la flore, les usages et leurs dangers, nous avons effectué une rupture catégorique avec la nature, remplacée par des relations humaines réellement superficielles ou contingentes, de commerce aimable.

Essayez donc de voir à quel point nous vivons déguisés, sous des masques. cloisonnés dans nos échanges qui n’ont plus rien de spontanés mais sont très policés.

Tout simplement nous nous mettons nus mais nus de corps, et non pas nus dans nos mots, dans notre théâtralité qui révélerait trop crûment notre fêlure et nos drames. Nos désirs et envies.

Faut avouer que le monde… Pour subsister est obligé d’être assez fermé, se protège en fait, ne peut dénuder son âme et sort ses crocs, parce qu’il y a tout un ordre qui le précède et qui le rend esclave. Alors chacun agit comme chien de garde. Plus ou moins. Ça, c’est sans gravité. Nous pouvons passer outre et vivre heureux, et joyeux, si nous sortons de nos murs complexes et de nos peurs. Si nos osons, tout en sachant où se trouvent les limites, la décence, la beauté et la bonté.

Non  vraiment nous avons tout pour rendre ce monde bienheureux, même si nous savons notre fin, et possible même que ce soit grâce à cette fin connue que nous devons vivre bien.

Que nous avons tellement de belles choses à penser et faire qu’il ne faut pas gâcher notre temps dans des actions rapides et précipitées hors de l’espace où nos corps se trouvent.

Voyez, même ces mots publics ne le sont pas, effectivement. Il n’y a de public que dans le charnel sensible, la présence dans le même champ vivant, ou la table.

Bref, la table n’est plus la même.

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