les nombres distraits

Le nombre n’a pas d’existence propre, il n’en possède qu’en notre esprit, cerveau ou conscience, ou sur nos doigts quand nous comptons dessus. N’ayant pas d’existence, il n’a pas de sens en lui-même, il n’a de sens que celui qu’on lui donne, comme un outil incontestable. Pourtant tout ce que la science déploie est fonction des nombres, des grandeurs, des volumes, longueurs, poids, vitesses, dans des séries infinies d’équations, de relations qui se veulent objectives, alors qu’elles ne peuvent en dernier ressort que se trouver dans le mental de ceux qui posent leurs calculs, qui en tirent des résultats, et des applications, effectivement rendues objectives et probantes, si on veut. De ces effets pratiques on déduit une réalité objective aux nombres et quantités. À qui l’on donne un pouvoir d’efficience, mais ce ne sont pas eux qui rendent le monde et les phénomènes objectivement vrai, ils montrent une possibilité.
En dehors des nombres, les choses n’ont de réalité objective que leur matière et leur esprit, tout cela leur conférant du sens. Orientant le mouvement. Les nombres ne sont que des entités fantômes dont nous nous emparons pour générer de l’objet, et leur assigner un sens. Engendrer un modèle et une matérialité particulière.
Certains rétorqueront que le réel contient des dimensions, des structures, des nombres, comme le rayon du cercle, et des constantes telles que Pi, ou le nombre d’or, ayant une réalité incontestable, et déterminant l’ordre des choses. Distance de la terre au soleil, position d’un électron sur son orbite, masse critique, nombre d’Avogadro, comme des réalités incontestables. Comme si les nombres étaient la grille qui autorise la lecture de tout ce qui existe.
Il y a donc un paradoxe absolu du réel, entre l’inexistence du nombre en soi et l’existence qu’il produit des phénomènes en eux-mêmes. De là à attribuer aux nombres une vertu magique créatrice objective, c’est limite. Ce ne sont pas les nombres qui sont créateurs, ou facteurs de ceci ou cela, mais ils ne se peuvent pas sans eux. Ils n’ont de valeur que d’outils entre les mains d’acteurs. Comme ils n’ont pas d’existence il n’y aurait aucun problème, aucune conséquence à les employer ?On peut tout grâce à eux, mais on peut aussi faire très mal, ou très bien. Dans ce sens, la science est neutre, et la nature semble indifférente aux usages qu’on fait d’elle.
On peut très bien, par exemple, produire des machines encore plus monstrueuses, construire des immeubles encore plus gigantesques ou miniaturiser les systèmes de plus en plus. Ces usages vont nous restituer du sens.
Il peut y avoir un abus, et ceci nous touche de près dans nos existences qui en deviennent dépassées par tous les excès manifestes. Et la puissance. Armes, machines, moyens de communication, fortunes inimaginables, comme si tout était possible.
Impression étrange que le modeste homme est réduit à rien. Pris entre des mains assignant un sens sans considération de la personne et de son éventuel destin. Étrange savoir ignoré des savants désormais, comme si la méga machine fonctionnait toute seule, sans possibilité pour un seul de décider de quoique ce soit, mais devant se plier à tous ces modèles.
Dans la mesure où c’est le possible qui donne la mesure. Système bouclé. Système insensé.
C’est un piège conceptuel, un piège de la liberté. Les nombres ne nous laissent nulle liberté et nous autorisent tout.
La question serait de savoir ce que nous allons trouver en fin de parcours, comment allons-nous nous retrouver, dans quelle essence ? Nous ne sommes pas du tout nés des nombres. Rien, nul animal, nul être n’est réductible à ses suites de nombres, même s’il les contient virtuellement, si des nombres en composent l’architecture, même si l’univers est bâti sur les nombres. Ce ne sont pas les nombres qui manient la truelle.
Le nombre est seul identique à lui même. Nul objet n’est identique ; il n’y a que l’un qui soit absolu ment identique à lui-même, comme une œuvre d’art. Œuvre unique.
Ceci n’est peut-être pas très important, au fond.

De tout cela, nulle raison ne suffit.

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