Les vaincus

On les rencontre les fins de semaine dans les bars paumés des bourgs au bord des usines, là où la culture disparue se boit dans les bières, amères solitaires et chargées des violences du silence. Nous sommes loin des feux brillants de la rampe, loin des paillettes qui font illusion, éloignés de la nature, ayant perdu tout droit si on regarde bien. Des hommes, des femmes ont juste le droit d’aller bosser dans des conditions difficiles, exposés à toutes les nuisances de l’industrie, effectuer les basses tâches dans l’anonymat et la non reconnaissance, dans l’ombre des machines. Il est impossible de savoir en fait ce qui se trame sous les crânes et dans leurs cœurs. Peut-être que leur cœur est mort ?

J’ai du mal à croire que naturellement l’homme, aussi fou qu’il soit, aussi déchu dans sa peau de bête étrange, n’aspire qu’à se détruire ou se venger, ou haïr, s’enfermer sachant qu’il ne peut vivre dans cet enfermement ; d’ailleurs, le monde le sait, tout le monde sort, se regroupe, rejoint les autres, ne reste pas derrière des écrans de télé ou d’ordinateur. Mais les lieux où nous pouvons communiquer, quels sont-ils ? Et que veut dire communiquer dès lors que nous ne sommes pas dans un même lieu ?

 

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Les traîtres sont toujours sur le devant de la scène

Mais passent pour des bons bergers. Les doux qui s’opposent et n’ont comme seule arme leur plainte face à ces destructions massives des formes de vie naturelle, face à cette minéralisation, métallisation et plastification du vivant. Comme si nous allions pouvoir vivre, évoluer, apprendre à aimer et découvrir dans ce contexte de vie éteinte dès la naissance, comme si ce qui se présente devant nous n’était pas une horreur, si nous ne retrouvons pas la nature, la vie sauvage, et tout ce que signifient les éléments qu’Elle nous donne.

On ne saurait remplacer un cœur aimant par un peace maker.